Dimanche 15 janvier 2012
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« Sublife 2 » de John Pham Cambourakis (2011)
Bien que sorti en début d’année (pour la
version française), je vous propose seulement ma critique de ce superbe album faisant suite à «Sublife 1» de John Pham (2010) .
Dans une interview lue récemment, John Pham explique le sens du titre
« Sublife » :
« C’est
l’abréviation de Subtitute life,
référence à une citation de John Cassavetes (un de ses artiste fétiche) qui parlait de sa carrière artistique comme d’une vie de remplacement, de substitution. J’ai toujours aimé
cette expression. Et comme le préfixe « sub » désigne « en dessous », il était parfaitement adapté avec ce que je décris, la vie des gens dont je parle ici, ces êtres paumés
qu’on ne regardent jamais, ces gens d’en dessous. »
Dans « Sublife
2 », John Pham continue certaines des histoires démarrées dans le premier tome mais propose également de nouvelles pistes : personnages, récits
mais aussi style graphique et esthétique formelle.
Part I : L’histoire spatiale, à peine ébauchée avec une mise en page insolite dans le tome 1 (dessinée sur l’intérieure même de la couverture de début et de fin), se
poursuit et prend même beaucoup plus d’ampleur. Le commandant Wallach et son second
sont toujours à la dérive dans l’espace avec Biit, l’alien perdu qu’ils ont repêché.
Cette partie permet à l’auteur de dessiner des pages magnifiques, notamment ces scènes où le vaisseau est propulsé dans l’hyperespace en le contractant grâce à un étrange cristal provenant de la
navette de Biit. Très originales, ces planches sont d’une grande audace formelle et
se démarquent par un style graphique très géométrique voir cubiste, une narration façon voix off cinéma (via le journal de bord) et même un flash-back poétique, offrant un passage émouvant rempli
de tendresse (le second échappant à sa solitude en se remémorant sa famille loin de lui).
Part II :On retrouve très furtivement Phinéas et ses deux oncles, toujours aussi crétins, débiles et racistes, dans leur quotidien d’une étrange
banalité.
Part III : C’est le commencement d’une nouvelle histoire, presque entièrement muette, qui occupe une grosse part du livre. Elle décrit un monde post-apocalyptique,
sauvage et violent, une terre dévastée où les humains sont réduits à errer sans but si ce n’est leur unique survie. Revenu à l’état bestial, toute personne rencontrée peut être un prédateur et le
danger est omniprésent. Ces pages alternant scènes d’extrême violence et paysages de désolation font fortement penser à « La
Route » de Corman McCarthy ou « Mad Max ». John Pham a opté pour
un traitement visuel radical. Ces planches, dessinées au crayon, sont restées quasiment telle-quelles, sans passer par la phase habituelle d’encrage (mise en couleur mais aussi finition,
netteté..). En zappant volontairement cette étape, le dessin a conservé son aspect primaire et brut, son coté crayonné, ses contours sont moins nets et le trait plus haché sauvage, et
violent. Ainsi, la puissance émotionnelle dégagée s’en trouve que renforcée.
Part IV : Grande première dans l’univers de « Sublife », l’auteur y introduit des éléments
autobiographiques. Dans cette très courte partie, juste 2 pages, il parle de souvenirs marquants, de ses amis d’écoles, ce qu’ils sont devenus et leurs retrouvailles pour l’enterrement de l’un
d’entre eux. Avec une narration différente, elle est comme un kaléidoscope visuel d’anecdotes, de fragment de vie et de confidences émotionnelles. Autre chose marquante de cette partie, c’est
l’unique qui est daté (2007). Dans l’interview pré-citée, John Pham l’explique ainsi :
« J’ai mis la date car ce strip est le seul qui raconte un
véritable souvenirs et comme j’ai souvent tendance à oublier quand j’ai fini quelque chose, cette date est pour moi comme un marqueur ».
Part V : Comme dans le tome 1, John
Pham continue de dessiner en intérieur de couverture, cette fois 2 histoires disctinctes. En début, c'est celle d'un jeune bloggueur paumé que le désespoir pousse à commettre un crime.
Sur celle de fin, on suit des moments de la vie d'un grand champion de baseball.
Conclusion : "Sublife 2", esthétiquement différent du premier, est tout aussi virtuose, d'une même extrême maniaquerie dans les détails mais peut être plus
déstabilisant à la première lecture. Les nouvelles pistes amorcées s'annoncent palpitantes comme les suites des histoires. On sent que ce tome 2 n’est
que le début d’une série de longue haleine. En tout cas, on est prêt à la suivre encore longtemps. « Sublife
2 » est une des meilleures B.D de l’année et John Pham s’impose définitivement comme un auteur majeur, de la
trempe des Charles Burns, Chris Ware ou Frederik Peeters. Vivement le volume 3 !!!!
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