Voici enfin mon top B.D 2011. J’ai lu cette année beaucoup de bandes dessinées plus anciennes donc hors concours et je suis sûrement passé à coté d’un certain nombre de bons livres. Ce classement sera donc subjectif et incomplet. Mais quel top peut se vanter d’être complètement le contraire des deux ? Les livres sélectionnés ici sont ceux qui m’ont le plus touché, ému et/ou intrigué. Des lectures dépaysantes, instructives et jubilatoires, parfois immédiatement fédératrices ou au contraire un peu plus exigeantes, d’un plaisir à mériter. Vous trouverez pêle-mêle des One-shot, des sagas qui débutent (« Aama ») ou qui se poursuivent (« Blast », « Sublife »).
2011 n’aura pas été un cru exceptionnel mais une bonne année quand même et aura réservé son lot de surprises, de confirmations et de découverte. Trèves de bavardages et en piste !!!
« Aama » - Frederik Peeters (Gallimard)
Encore un (petit) chef d’œuvre pour le génial Frederik Peeters (n°1 top B.D perso en 2008, 2009, 2010). Avec cet album, commencement d’une nouvelle saga qui s’annonce palpitante, il mélange plusieurs genres (science-fiction, aventure, psychologie) et intègre de savants flash-back afin de remonter le fil sinueux de l’histoire. Technologie, futurisme, onirisme et métaphysique sont abordés via un dessin et une mise en scène (ou page) virtuose de ce créateur d’univers inouïs. Et ce n’est que le premier tome ! Rendez-vous l’année prochaine.
« Sublife 2 » - John Pham (Cambourakis)
« Portugal » - Cyril Pedrosa (Dupuis, Aire Libre)
Simon, dessinateur en panne d’inspiration, est un peu paumé dans sa vie et dans son couple. Un séjour au Portugal, pays de son grand-père, va l’amener à réfléchir sur ses origines, à faire le point et ainsi tenter de se reconstruire. Simon, c’est un peu le double fictionnel de Cyril Pedrosa et cette histoire la sienne, mais également celle de tous ces enfants d’immigrés. « Portugal » ou quand l’intime rencontre l’universelle.Magnifiquement édité (livre gros format d’environs 300 pages), « Portugal » est une œuvre autobiographique d’une extrême délicatesse et d’une grande poésie. Le visuel est somptueux grâce à un dessin au trait fin et élégant et des couleurs pastels pleine de vie. Autant thématiquement que formellement, « Portugal » est une des belles surprises de l’année et très justement sélectionnée à Angoulême !!
« Le chant de la machine Intégrale »– David Blot & Mathias Cousin (ManoloSanctis)
Réédition intégrale de ces deux volumes essentiels (parus en 2000 et 2002) sur l’histoire des musiques électroniques (origines, évolution, lieux mythiques, etc…). Le livre indispensable pour tous ceux qui ont vécu l’explosion du mouvement techno (vers 1992) ou qui aiment cette musique. Une bible définitive sur ce mouvement musical, véritable quasi philosophie de vie. A noter que c’est l’unique album du dessinateur Mathias Cousin, au style graphique inspiré par Robert Crumb, qui est mort en 2002 avant la sortie originelle du tome 2. LA réédition de l’année !!!!

« Les Ignorants » - Etienne Davodeau (Futuropolis)
L’auteur propose à un de ses amis vigneron qu’il lui apprenne tout sur son métier. En échange, Davodeau lui ouvrira les portes du 9ème Art, des coulisses de la création jusqu’à la rencontre avec ses potes dessinateurs. Davodeau, en véritable sociologue/ethnologue, narre la vie ordinaire des gens ordinaire. « Les Ignorants » est l’histoire d’une amitié née d’une rencontre entre deux passionnés d’univers totalement différents en apparence. Les plaisirs simples, la nature et l’Art sublimés dans cette ode à la vie. Etienne Davodeau serait-il le Raymond Depardon de la bande dessinée ?
«JukeBox» de Charles Berberian (Fluide Glaciale)
« Blast 2, L’apocalypse selon St Jacky » - Manu Larcenet (Dargaud)
Décidément, Manu Larcenet est vraiment un auteur fascinant, capable de passer facilement d’un genre à un autre et changer radicalement d’univers. « Blast, l’apocalypse selon St Jacky » est donc la suite du tome 1 sorti en 2009 (n°3 top B.D perso). Visuellement, c’est toujours ce somptueux noir & blanc charbonneux traversé de brefs passages de couleurs, ce dessin aux traits vifs, crayonnés et épileptiques. Un style graphique se situant entre abstraction, expressionnisme (allemand) et réalisme. On pourrait le définir comme un réalisme onirique abstrait. Dans ce faux huit-clos, par l’interrogatoire du héros, le lecteur (tout comme les enquêteurs) suit les errances et la déchéance de ce personnage, remonte le fil de sa vie et tente de la comprendre. Le 9ème Art à son zénith. Vivement la suite !!!
« Jeanine » - Matthias Picard (L’Association)
Première œuvre de cet auteur, « Jeanine » raconte avec beaucoup de tendresse la vie d’une prostituée de 60 ans. Noir & blanc, trait simple sans être trop naïf et humour noir. Un petit bijou de poésie du quotidien !!!
« Rock Strip Come Back » - Collectif dirigé par Vincent Brunner (Flammarion)
Ce second volume, à la couverture parodiant toujours la pochette « Cheap Thrills » de Big Brother & The Holding Compagny (1968, dessinée par Robert Crumb), est basé sur le même concept que le premier volume (2009, n°4 top B.D perso). Chaque auteur créé son histoire sur l’artiste qu’il a choisi, en double page. Mais pour ce second volume, ce n’est que de nouveaux artistes/groupes. « Rock Strips Come Back » ou la version de la « Story rock’n’roll » revue et corrigée par chaque dessinateur. Une bande dessinée à lire et à relire, ultra jubilatoire et un sommet de « b.d’n’roll » !!!!
« Tonoharu » - Lars Martinson (Le Lézard Noir)
« Tonoharu » est la chronique tragi-comique d’un enseignant américain exilé en pleine campagne japonaise. Entre des mœurs totalement différentes, incompréhensions et malentendus, Lars Martinson dépeint en toute sincérité et simplicité le choc des cultures. Répétitions des paysages, des cadrages, dessins hachurés tout en étant minutieux, canevas formelle identique (4 cases par pages), absence de dialogue sur de longs passages…toutes ces trouvailles permettent à l’auteur de dépeindre parfaitement notre vision occidentale d’un pays où le temps semble comme suspendu, au ralenti et les silences s’étirer sans fin.
« La bande à Foster » - Conrad Botes & Ryk Hattingh (L’Association)
Dans les années 1910, un gang de malfrats terrorise l’Afrique du Sud, la bande à Foster. Ennemi public n°1 et poursuivis par toute la police du pays, ils préféreront se donner la mort plutôt que d’être capturer. C’est de ce fait-divers réel que Botes et Hattingh se sont inspirés pour créer deux histoires en parallèles dans ce livre. La principale, se déroulant de nos jours, montre deux loosers accros aux bières et à la coke qui, par désœuvrement et fascination envers cette bande, décident de s’intéresser à cette affaire. En alternance, écrite et dessinée dans le style des journaux d’époques, la seconde histoire suit la fin tragique de la bande à Foster. A mi-chemin entre la fiction et la réalité, ce livre est une charge contre l’Histoire officielle, la morosité et le désespoir en Afrique du Sud. Avec Joe Daly, Conrad Botes place l’Afrique du Sud sur l’échiquier de la B.D mondiale !!!
« Renée » - Ludovic Debeurme (Futuropolis)
Avec son dessin au trait fin extrêmement minutieux et d’une très grande virtuosité, son somptueux noir & blanc, son absence de dialogue, ses corps en mutation, son travail sur la monstruosité….Ludovic Debeurme serait-il le Charles Burns français ???
Livres
«Post Punk, No Wave, Indus & Noise» de Philippe Robert (Le Mot Et Le Reste)
"Sunset Park" - Paul Auster (Acte Sud)





















































































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