« Outer », morceau idéal pour la nuit, second extrait de « Spaceshipp » (2008). Cette œuvre est le fruit de la collaboration de deux grandes figures musicales actuelles :
J.Spacemen (ex-Spacemen 3 aujourd’hui Spiritualized) et le pianiste Matthew Shipp (Jazz
avant-garde, Free et Post-Bop).
« Outer » est beaucoup plus "court"que le premier morceau (10 minutes quand même). Plus calme et tendre aussi. Une douce
mélodie y est jouée au xylophone. Tellement douce et pleine de rêverie que l’on dirait être issue d’une boite à musique tournoyant et ondulant dans l’air. Des cloches, des bols tibétains sont
martelés. Puis des sons cassés, des drones métalliques rouillés viennent perturber la douceur ambiante.
Mais cette mélopée est si belle et élégiaque, emportant mon âme dans des contrées oniriques et paradisiaques,
qu’elle pourrait tourner en boucle, encore et encore, infiniment...............anneau de Moébius mélodique, mystique et sans fin !!!
J.Spaceman & Matthew Shipp“Spaceshipp” (2008) Label : Treader
En parcourant les limbes de mon ordinateur (disque
dur), j’ai retrouvé cet album mis de coté et pas encore écouté. Je le découvre donc maintenant ainsi que le calme, la sérénité et l’apaisement qui s’en dégage, tout comme de sa belle pochette
maritime.
Deuter,ce n’est pas un « véritable » groupe mais le
projet musical d’un seul homme, Georg Deuter de son vrai nom, un compositeur méconnu née en 1945 dans l’Allemagne dévastée d’après-guerre. « Aum » est le second disque de sa pléthorique discographie. Son style est un équilibre subtil entre l’acoustique et l’électronique, un dialogue serein entre
les instruments « traditionnels », les machines analogiques et les collages sonores (souvent des bruits aquatiques), sorte de proto-sampling. Au sein des 12 morceaux se côtoient
pêle-mêle : influences ethniques et tribales, instruments acoustiques (flute, percussions, guitare), musique traditionnelle indienne (les chants), sonorités ambiant/New Age (nature, divers bruits) ainsi que de nombreux drones.
Ce disque renferme différentes ambiances selon les
morceaux et on navigue donc, au gré de ceux-ci, dans des eaux contrastées : folk Psychédélique (« Phoenix »,
« Soma »), Ambiant (« Aum », « Soham ») New
Age/Ethnic (« Sattwa », « Morning Glory »), Drone limite Indus (« Offener Himmel 1 » « Abraxas »).
Les morceaux Ambiant sont créés à partir de collages de sonorités telluriques, souvent aquatiques, qui sont mis en boucles répétitives sur lesquelles viennent se greffer des
instruments « classiques » comme la guitare, la flûte, etc.
Pour la face expérimental de
« Aum », la musique est bâtit sur un canevas de drones aux sonorités plus machiniques, industrielles même et parfois
accompagnés par une basse lente et lourde comme sur « Abraxas ».
« Aum » convoque à ma mémoire des artistes/groupes très éclectiques telsSix Organs Of
Admittancepar son folk et ses influences ethniques, le « Wander/Wonder » deBalam Acab(2011) ou le
« Venice » (2004)
deFenneszpour toutes ses sonorités aquatiques et cetteambiantfait à base d’electronica(et pour lui, même pochetteambiance maritime). Mais aussi à cette scène actuelleDrone-rock Psychédélic
avec High Wolf et son récent « Atlas Nation » 2011, le "...On Sea-Faring Isolation" du groupe Dolphins Into The Future ou
« Hovering Resonance » -
Expo '70. Et je m'arrête là mais la liste est encore longue !!! Autant de références postérieures à « Aum » qui est sorti, rappelons-le, en 1972.
J’écoute donc « Aum » comme la parfaite
synthèse sonore de toutes ces références…..mais avec 30 ans d’avance. Comme quoi, quand on remonte le fleuve, on découvre toujours sa source !!!
En tout cas, « Aum » est vraiment un grand album méconnu à (re)découvrir de toute
urgence !
« Hovering Resonance »
d’Expo ’70 Sound Of Cobra (2012)
Note :* * * * * *
*
L’année est seulement commencée que déjà pointent les
premières sorties de grands disques : le très attendu second album de Gonjasufi « M.U.ZZ.L.E » (dont je
vais vite reparler) et « Hovering Resonance » d’Expo ’70 !
Pour rappel, Expo
’70 est à la base le projet
musical de Justin Wright (guitare électrique, claviers et effets) qui est parfois rejoint par Matt Hill (basse et claviers) du « one man
band » Umberto.
Expo ‘70nous livre donc sa dernière création, fruit d’expérimentations et
d’improvisations soniques, 100 % Avant-garde free !!! Libre, expérimentale et improvisée, la musique d’Expo
’70 l’est effectivement. Malgré une durée de 23 min, ce Maxi n’est composé que de 2 seuls titres, soit un par face comme au bon vieux temps des K7 et vinyles.
J’imagine aisément le bazar dans le studio lors des
sessions d’enregistrements du disque. Au sol, une batterie de pédales d’effets en tout genre que Justin Wright manipulait frénétiquement tout en jouant soit de sa guitare
électrique (enchaînement de délicats arpèges en une succession de notes répétitives) soit de ses claviers analogiques vintages type Moog, produisant ainsi des vagues soniques et des drones
cosmiques lors de ces deux longues plages méditatives. On navigue alors entre Space rockcéleste, Ambiant drone et néo-psychédélismeatmosphérique.
Le premier morceau, au titre éponyme du disque, est une
longue errance (+ de 15 minutes), un voyage immobile et onirique où le bourdonnement est roi. Malgré son absence de rythme et son extrême répétitivité, je le trouve très prenant et
captivant, ce qui n’est pas toujours le cas avec nombre de morceaux arythmiques.
Pour le second, « Moon ragga », le
schéma est différent. Un coup de gong retentit comme pour annoncer le début du voyage. Bourdonnements, sonorités aux fréquences modulées sont très vite accompagnés par une rythmique répétitive
émanant d’un simple tambourin à clochette. Les drones et les diverses sonorités tournent en boucles. Régulièrement, des gongs sont martelés et diverses cymbales frappées, le tout vibrant et
résonnant à travers ce magma sonique.
Enfin du rythme chezExpo ’70où la
plupart de ses morceaux (du moins, ceux que je connais) en sont généralement dépourvus. Dans sa musique, c’est le règne des drones, des boucles hypnotiques, des bourdonnements et des longues
improvisations et expérimentations guitaristiques. Elle convoque à ma mémoire des groupes deKrautrocktelHarmoniaouTangerine Dreamet les travauxAmbiantdeCluster &
Eno ! Et avec sa pochette au visuel et aux couleurs très rétro-psychédélique, je divague en
plein décalage spatio-temporel, ne sachant plus très bien si je me trouve en Allemagne dans les années 70’ ou dans l’Amérique actuelle !!
Pour toutes ces raisons, « Hovering Resonance » s’est imposé à moi comme une des premières et excellentes surprises 2012 !
Toutes ces raisons......ce n'est pas totalement exact
car il en est une autre qui a aussi joué sur mon avis. J'avoue que depuis quelques temps, j'arrive à écouter plus facilement, entièrement et même apprécier des oeuvres jugées auparavant par
moi-même comme "difficile d'accès, expérimentales et bizarroïdes". Ce fût la même chose il y a des années avec le jazz "plus aventureux" où une période d'apprentissage a
été nécessaire.
Ainsi, Drone, Atmospheric-noise, Neo-Psychedelic, Free-rock, Experimental & Ambiant Pop, Noise-dub Psyché, Hypnagogic......tous ces styles me deviennent plus familiers. Et des labels
comme Not Not Fun,Sacred Bones Records,Thrill Jockeyou Les Editions Mego deviennent de parfaits terrains de jeux pour assouvir ma soif de nouveautés et de
découvertes. Mais ça, c'est totalement perso et ne modifie en rien les qualités intrinsèques de ce disque. Cela explique seulement pourquoi je parlais de surprise face à ce
disque que je n'attendais pas du tout. Comme quoi !!!!
J'entends dans cet album deCandes échos d'Electric Miles(période "Bitches Brew" 1969), très marquant sur ce
titre introductif "Pinch".
Mêmes sonorités de groove épileptique et froid,
stridences déchirant le silence, rythmiques syncopées entre rock et jazz, sons hypnotiques d'orgues et de guitares........C'est marrant de mettre en parallèle des disques de ces deux
groupes (Miles Davis Band et Can).
C'est là que l'on voit l'importance de Miles et du jazz "organique", du jazz free/rock sur le Krautrock, et chez Can en particulier. Mais c'est également aussi frappant sur le disque suivant "Future Days". Faite l'essai, écoutez !!! Comme quoi, tous les chemins de la musique ramène à Miles, même ceux du
silence......("In a silent way") !!!
"Envisager leNoisecomme une approche abstraite du politique.....Quand au politique plus précisément pour les 2 hommes -
Pete Swanson (électronique, batterie + voix) et Gabriel Mindel Saloman (guitare, feedback + vocoder), celui-ci ne ressort
que d'une façon d'être au monde et aux autres, d'envisager la joie de vivre comme potentiellement révolutionnaire, et de prendre conscience de son impact
possible. Dans ce domaine, l'activisme associé auDo It Yourself, mais aussi auNoise,constituerait un moyen d'expression libérateur.....Yellow Swansonne carbure pas à la
colère et ne dénonce rien. Par contreYellow Swansonexplore toutes les possibilités offertes par les instruments et la technologie affinde générer
des expériences voulues purement transcendantales. A écouter "At All Ends" (2007), et "Mass Mirages" en particulier, où une
mélodie belle à pleurer émerge progressivement d'un bouillonnant magma, on comprend mieux l'attitude du groupe : dégager l'auditeur de tout rationnalisme, puis l'accompagner vers des
sphères qu'il ignore - des sphères rayonnant d'un Psychédélisme extatique."
Ce superbe texte, très explicite sur la démarche artistique (en apparence extrême) de Yellow Swanson, n'est
pas de moi. Il est issu du très grand livre sorti en 2010 : «Post Punk, No Wave, Indus &
Noise» dePhilippe Robert
« Lost In The Glare » - Barn Owl Thrill Jockey (2011)
Note :
* * * * * * *
Décidément très créatif et productif en 2011, le duo deDrone métal/ Doom psychédéliqueBarn Owl est de
retour avec « Lost In The
Glare » après un EP 3 titres en ce début d’année, le très planant
« Shadowland ».
Un univers fascinant et onirique remplie de guitares
bourdonnantes, puissantes mais très lentes, de claviers hypnotiques, de mélodies d’une beauté mélancolique, de vagues soniques à l’image des dunes de sa pochette. Ici, c’est autant les
claviers (des Juno) que les guitares qui « bourdonnent » jusqu’à se mélanger et se fondre ensemble pour se confondre.
Une musique volcanique qui, telle la lave en fusion,
est en bouillonnement constant, alternant apaisement, montées progressives et explosions fulgurantes. Toujours sur le fil du rasoir, elle est en tension permanente même lors des passages les plus
calmes qui sont comme de violentes accalmies. Un silence assourdissant résonne au plus profond de ces Abymes soniques !
Les atmosphères y sont cinématographiques, telle une
B.O attendant son film. Mais « Lost In The Glare » pourrait très bien être celle d’un film mystérieux et onirique de
David Lynch ou, tel des Neil YoungDrone-rockers, accompagner les divagations métaphysiques et poétiques de Blake, le personnage lunaire de
« Dead Man » !
« Lost In
The Glare » est un voyage cosmique, lointain, donc immensément grand. En revenant sur terre (par ces touches orientalisantes), il se fait plus humain donc infiniment
plus petit. Contraste et paradoxe !!!
De disque en disque, Barn Owl créé sa
version du rock psychédélique, un néo-psychédélisme 2.0, actuel donc moderne, héritier de ses glorieux
ancêtres donc cosmique. Mais à l’instar de Psychic Ills ou Wet Hair (deux des plus belles et pertinentes propositions de néo-psychédélisme cette année), le duo y ajoute ultra puissance, lenteur ainsi que des drones.
Barn Owlprouve qu’en 2011 le mouvement
psychédélique est loin d’être mort. Par contre, c’est l’imagerie « baba cool/Patchouli » qui collait à la peau de ce style que le groupe a définitivement enterré
pour redessiner ses contours et définir ainsi sa version du psychédélisme.
Résultat : Un néo-psychédélisme fait de drones, de rock lourd, puissant, lent (Slow-métal) et futuriste !!!
« Hazed Dream » de Psychic
Ills (2011)Sacred Bones Records
Note :
* * * * * * *
Sacred Bones Records, meilleur label 2011 ???? En tout cas, il est certainement un de ceux qui
ont le plus compté en publiant quelques-uns des disques les plus fascinants, hypnotiques et réussis de l’année :
« Mazes » de Moon Duo (critique
ici : « Mazes » de Moon Duo ), « Conatus » de la diva pop-goth’Zola Jesus (critique à
venir), Föllakzoid et son premier EP éponyme de néo-krautrock-psychédélique à la pochette aussi cosmique que sa musique
(voir post Voyage dans le cosmos avec Föllakzoid ) ainsi que
« Smokescreen » de Religious Knives. Et dernièrement, ce fut « Hazed Dream » des new-yorkais de Psychic Ills, trio composé de Brian Tamborello (batterie), Elizabeth
Hart (basse) et de Tress Warren (guitare, chant et synthés).
« Hazed Dream », leur nouvel album, est aussi leur plus
accessible, « pop » même où le groupe délaisse les expérimentations soniques au profit d’un psychédélisme primitif, d’un rock
« sous tranxène » naviguant au ralentie dans un univers brumeux et comateux mais d’une immédiate efficacité. « Hazed
Dream » est le compagnon idéal des jours de flemme, s’écoutant de préférence en position horizontale.
« Hazed Dream » allie Space Rock codéiné et moderne, garage-rock opiacé, Slowgaze (c’est à dire
Shoegaze en mode slow), Blues futuriste et décharné ainsi qu’un rock (néo) psychédélique. Malgré cet univers neurasthénique, les morceaux peuvent par moments partir dans de petites envolées
chevaleresques mais toujours dans un lyrisme contrôlé, sans excès de grandiloquence. Une coolitude parfaitement assumée comme jadis Pavement !
« Hazed Dream », c’est un appel au voyage immobile, à
l’errance tranquille, à la divagation méditative. Univers de contrastes, c’est aussi une ode au cosmos, à l’espace et à l’infini. Les guitares aux accords minimalistes, envoûtants et répétitifs à
la limite du drone sont pleines d’effets (fuzz, feedbacks, slide…). De douces mélodies « chloroformées » ainsi
que des vagues soniques aux motifs étirés et lancinant émanent fébrilement des claviers, soutenue par une batterie discrète et flemmarde. Un chant éthéré et léthargique à la Jason
Pierce vient se noyer dans cet ensemble, mixé comme un autre instrument.
Avec « Mirror Eye » en 2008, Psychic
Ills développait un univers atmosphérique moins cotonneux, plus aride, plus brut et expérimental, voisin de ceux de Labradford ou Earth.
Sur « Hazed Dream », on sent une évolution, l’influence duVelvet Undergroundmais surtout celle plus évidente des mythiquesSpacemen 3oudeSpiritualized.
D’ailleurs, je trouve que ce disque est comme une relecture très personnelle de ces deux derniers groupes cités aux origines communes.Psychic Illsperpétue
parfaitement l’héritage en sciencepsychédélico-soniquelaissé parSonic
BoometJason Pierce.
Pour
moi, « Hazed Dream »est un
des meilleurs albums d’une année qui pourtant n’en n’a pas manqué. C’est vraimentMON album coup de cœur 2011, un sommet de rock psychédélique à lacoolitudeabsolue, le
disque que j’ai le plus écouté malgré sa sortie récente. Et je dois avouer qu’il agit sur moi comme une drogue dure : Dès les premières écoutes, le plaisir est immédiat et sa dépendance
aussi. Encore un point commun avec lesSpacemen 3. Décidément,on n’en
finit pas avec ce groupe tellement leur influence est présente. Et le restera encore…….
J'écoute fasciné « IV, III, II, I », titre d’ouverture du nouveau maxi éponyme deFöllakzoid. En une longue montée progressive de 10 min, ce morceau à la batterie métronomiqueKrautrock(Can ouNeu!)et aux sonorités hypnotiquesSpace rockdéploie un(néo) psychédélisme lysergique à vous faire voyager « Into The Moon ». Une musique à l’image de sa magnifique pochette, c’est à dire cosmique !! Et
c’est édité par Sacred Bones Records.
Voici un extrait du dernier album de Food Pyramid, "III", sorti sur le label Moon Glyph. Ce titre entêtant, l'introductif "E Harmony", est un bijou
denéo kraut-rock-Psychédélique aux sonorités technoïdes envoutantes. Amateur de "Neu! 2" et de Can, cette musique est pour vous. Une superbe relecture de ces classiques teutons 70' version électro 2011
!!!
Avant de connaître sa musique, c’était son pseudo qui m’était familier, via ses commentaires sur de nombreux blogs. Joseph Ghosn en a aussi parlé, lui commandant un album inédit
pour son blog, trouvable nulle part ailleurs. Pour le télécharger, suivre ce link. Et le résultat, le voici : « Blue
Far », premier « vrai » album auto-produit deKira
Perov. Intrigué, j’ai téléchargé ce disque que j’ai écouté attentivement. Mais peut-on encore parler de disque quand il n’existe pas
physiquement ??? Bref, la séduction fut immédiate.
« Blue Far », c’est :
_ Sept somptueux morceaux ou sept plages sonores à la douceur élégiaque.
_ Une musique atmosphérique et mélancolique naviguant dans des eaux contrastées, entre ambiant
hypnotique, électronica bourdonnante, techno contemplative, pop avant-gardiste, krautrock, drone, dérives
noisy, influence de musique ethnique et orientale.
_ Une alliance subtile et réussie entre les sonorités, les ambiances, les rythmiques ainsi que les mélodies.
Les rythmes alternent entre : absence, break-beat épars, cadences tribales et fragments de
beats métronomiques telle une pulsation primale (rythme cardiaque) !
Les sons, extrêmement fouillés et recherchés, sont empilés progressivement, couche après couche, pour créer
des ambiances planantes et méditatives. Mais ces atmosphères contemplatives à l’apparence tranquille peuvent être traversées de fulgurances noisy où les sons deviennent saturés. Alors, en pleine dérive bruitiste, sa musique résonne en un silence
assourdissant.
Kira Perov construit sa musique passionnément, travaillant sa matière sonore artisanalement, tel un poète du
bruit musical.
Malgré que ce soit un « premier » album, on sent qu’il possède déjà un univers bien à lui, extrêmement
fouillé, référencé, nourri et balisé. Mais sa musique dégage aussi un fort pouvoir onirique, comme si son univers, pourtant très personnel, était stimulateur
d’imaginaire. Au lieu d’enfermer l’auditeur, elle lui laisserait la porte grande ouverte avec quand même en fond un décor très précis.
Perso, j’ai laissé facilement vagabonder le mien, créant ainsi mes petites histoires sur chacun des différents morceaux. Sur « Cameo » par exemple,
j’imagine sa mélodie pop répétitive (quelques accords de guitare) provenir d’un manège endiablé de chevaux de bois qui tournerait sans cesse au son de cet air entêtant et infini. Une
mécanique cassée, usée et rouillée mais qui fonctionnerait encore, forcément bancale…..Et ainsi de suite pour chaque titre, modifiant un peu ou carrément mes historiettes à chacune des
écoutes.
Cette œuvre, j’aime m’y plonger souvent le soir, au casque dans mon lit, compagne de mes nuits. Depuis sa
découverte, elle m’accompagne en me prenant la main lors de mes voyages oniriques et dans mes divagations mentales nocturnes.
Pour toutes ces raisons, et tant d’autres beautés que je n’ai su exprimer, il faut que vous téléchargiez (si ce n’est déjà fait) « Blue
Far » de Kira Perov. Et c’est tellement excitant de suivre les
premiers pas discographiques (je dis bien discographique) d’un artiste, surtout quand il est si prometteur. L’avenir de la « French Touch indie », notre créateur
d’ambiant drone psychédéliqueà laNot Not Funfrançais !
Et si par le plus grand des hasards un responsable d’un label lis ce modeste papier, alors écoutez « Blue
Far » encore plus
attentivement.Kira Perovmérite
largement d’être signé pour pouvoir créer un prochain album dont la production serait à la hauteur de ses compositions. A bon entendeur salut !!!!
Et autre titre, hors de l'album "Blue Far", le chamanique
"Time Now" (dark psychédélisme, rythme métronomique krautrock, mélodie et vagues sonores envoutantes, répétitivité
hypnotique)
Voici une vidéo de lui montrant bien son immense talent de guitariste/électronicien.
Mark McGuire ou comment la virtuosité instrumentale n'est pas chez lui "tape à l'oeil", chiante et
froide (au contraire d'un Joe Satriani). Le plus dingue, c'est qu'avec le son qu'il a développé, on n'entend pas tout de suite cette virtuosité. Les sonorités sont tellement
synthétiques qu'on ne capte pas forcément la guitare sur certains morceaux (pas tous, bien sur). Et avec son immense groupe Emeralds, les sonorités des divers claviers
analogiques, des synthés et autres machines électroniques se confondent avec le son de sa 6 cordes.
Avec la musique d'Emeralds, tout ne semble faire qu'un seul élément, unité
instrumentale et sonore pour transe sonique !
De plus, sa musique possède un tel caractère onirique et cosmique qu'elle en devient quasiment..................mystique
!
Deux artistes virtuoses et novateurs, véritables expérimentateurs soniques et tous deux guitaristes de surcroit, ont eu une grosse actu en 2011. Je veux parler de Mark McGuire et Matthew Mondanile.
De Mark
McGuire, c’est par trois fois que l’on a eu des nouvelles tout au long de cette année. La première en mai avec “A Young Person's Guide to Mark McGuire” aux Editions Mego. C’est une compilation (2 CD) gargantuesque regroupant des morceaux déjà sortis mais uniquement en K7 ou CD-R, quasi introuvables
aujourd’hui, et ce sur la période de 2007 à 2010.
Note : * * * * * * *
Ensuite, il s’acoquina au duo indie poptronicaTrouble Books pour l’élégiaque “Trouble Books & Mark McGuire” sorti en juillet chez Bark And Hiss, Wagon. L’alliance du jeu de guitare très personnel de McGuire avec les boucles hypnotiques de Keith Freundainsi que la douce voix féminine de Linda Lejsovkaest un pur délice.
Ensemble, ils accouchent d’un véritable bijou, d’unedream pop
hypnagogiqueremplie dedronescosmiques.
Note :* * * * * * *
Et en septembre, se fut au tour de son magnifique album solo “Get
Lost” de nous parvenir, toujours de chez les Editions Mego. Sur six
titres d’une durée inhabituellement courte (à l’exception du dernier morceau de presque 20 min), McGuire tisse avec sa guitare électrique ou
acoustique six petit canevas sonores à l’extrême raffinement, nimbés dans des ambiances telluriques, contemplatives et cinématographiques. On y entend des bruits de nature, les grands espaces,
des vagues synthétiques issues de ses claviers analogiques et quelques fragments de voix éparses. “Get Lost” pourrait être la B.O d’un western poétique et mental. Mark
McGuire a créé une sorte d’ambiant-folk onirique, une slow-pop
psychédélique traversé de drones hypnotiques. En tout cas, une chose est sure : “Get Lost” est un compagnon de nuit idéal, un disque que l’on traverse comme
un rêve éveillé.
Note :* * * * * * *
Extrait audio : “The Invisible World” (“A Young Person's Guide to Mark McGuire”
CD2) +
« Alma » («Get Lost») + vidéo : “The Golden Waste” (“Trouble Books & Mark McGuire”)
Matthew
Mondanilea également eu une année
productive. En janvier, sous le pseudo Ducktails, sa face la plus expérimental, il a publié l’album « III Arcade Dynamics » (dont j’avais déjà parlé rapidos ici «Sweet Jane» - «In The Swing», télescopage temporel sonore.. ). Seul avec sa
guitare électrique, des effets et une boite à rythme rudimentaire, il navigue dans des eaux calmes, entre ambiant instrumentale, pop de chambre, hypnagogic et pop psychédélique. Aux vues du
résultat, Mondanile a sûrement créer cette œuvre tranquillos à la fraiche, bien à l’ombre d’un soleil écrasant, tant elle dégage chaleur
estivale, calme et sérénité.
Note :* * * * * * *
Sa deuxième production, l’album « Days », vient
d’être édité chez Domino. C’est le second LP de son groupe Real Estate, ce trio du New Jersey jouant une power pop dans la lignée de ses illustres ainés, les
The Feelies, Field Mice ou The
Pastels. Mais on pense aussi à des groupes plus récemment tels Best Coast et
Surfer Blood. Des mélodies simples mais gorgées de soleil, des guitares ligne claire, des chœurs « oh oh ooh oh oh », des
arrangements minimalistes mais ultra efficaces pour une indie pop/twee pop teintée de surf rock bucolique et élégiaque. LE disque idéal afin de rentrer dans la grisaille automnale !!!
Note : * * * * * * *
« Killin' The Vibe » (« III Arcade Dynamics ») + “It's Real” (« Days »)
1971 :Klaus Dinger et Michael
Rother viennent de quitter Kraftwerft, insatisfait de la nouvelle orientation très électronique que prend le groupe. Ils fondent Neu! avec le désir
d’explorer de nouvelles voies et pour fondement esthétique l’avant-garde et l’expérimentation, autant rythmique que sonore.
« Il y a eu trois grooves majeurs au cours des années 70’ : le Funk de
James Brown, l’Afrobeat de Fela Kuti mais aussi le « Neu-beat » du groupe allemand Neu! ».
Ceci n’est pas une affirmation personnelle mais une citation du génie et visionnaire Brian Eno. Et c’est
vrai qu’en matière de groove, Neu! explora une direction différente de celle emprunté par l’axe afro-américain Fela Kuti / James Brown, mais tout en étant aussi
efficace.
Neu! c’est donc le duo Klaus Dinger (batterie, voix, guitare et claviers) et
Michael Rother (guitare, voix et claviers). Mais le groupe possède un troisième membre, un homme de l’ombre très important, le producteur et ingénieur du son Conny
Plank. Il produira tous leurs disques et contribuera aussi à façonner leur son, le fameux « Neu-beat » (et pas New-beat) dont Eno
parlait.
Pour mieux appréhender cette œuvre et tenter de la comprendre, il est essentiel d’en connaitre la genèse.
1973 : En entrant en studio avec le fidèle Conny
Plank pour donner une suite au premier album (« Neu! » 1972), le duo n’imagine pas qu’il va s’embarquer pour ce qui
va devenir une odyssée créative tumultueuse, aboutissant sur cette œuvre O.V.N.I et avant-gardiste, aujourd’hui culte en matière de bizarrerie sonique.
Pendant les sessions studio, leur label Brain fait faillite et ils n’ont alors en leur possession
que 20 minutes de nouveauté (la face A).
Lâchés et sans argent, au lieu de getter l’éponge, Neu! a la géniale idée de retravailler la matière sonore
qu’ils ont déjà enregistré pour (re)créer de nouveaux morceaux et ainsi finir l’album, c’est à dire la face B. Ils vont déployer des trésors d’inventivité, notamment inspirés par les techniques
de la musique concrète : montage, découpage et remontage des bandes existantes, « proto-sampling », accélération, ralenti, changement de tempo et divers autres effets sont
utilisés. Optimisant au maximum les possibilités du studio, ils vont recréer à partir des morceaux existant et ainsi réaliser des sortes de remix, peut être les premiers de l’Histoire.
Coup de génie ou escroquerie artistique ?? Le débat reste ouvert !
La pochette de ce disque est à l’image des mésaventures de son enregistrement. Sorte d’esthétique du
recyclage, elle reprend simplement celle du premier album (même fond blanc, même lettrage pour le nom du groupe) en y apposant simplement en plus un gros chiffre 2 rose dessus. Voici comment le
visuel et la musique donc la forme et le fond sont en total adéquation.
Dès l’introductif « Fur Immer ( Forever ) », folle cavalcade chevaleresque de + de 11 min, le ton est
donné : Dinger frappe sec ses fûts et martèle des beats métronomiques supporté par les accords entêtant de Rother. Le morceau, par sa rythmique infernale,
ultra répétitive et robotique ainsi que son travail sur le son, peut être considéré comme le premier titre de techno minimaliste, sorte de proto-techno avec 20 ans d’avance. Et
le reste oscille entre titres à prédominance rythmiques et dérives sonores ambiant et expérimentale.
Autant dire que « Neu! 2 » fut un bide commercial à
sa sortie et incompris du public. Mais ce disque inspirera des générations entières de musiciens et sera La Matrice pour de nombreux futurs styles à venir. Punk, Post-punk, Space rock 80’ (ex : Spacemen
3) mais surtout les musiques électroniques types techno et même le néo-psychédélisme actuel (l’exemple récent le plus marquant est « In vogue spirit » de
Wet Hair sorti cette année), tous viendront s’abreuver à cette source d’inspirations intarissable. Tous doivent quelque chose à « Neu! 2 » comme au suivant « Neu! 75 ».
Je viens de vous parler de « Neu! 2 » plus
particulièrement mais entre celui-ci et le suivant, j’aurais du mal choisir. « Neu! 75 » est certainement un des
premiers disques punk et on peut aussi y entendre les échos rugissants du Post-punk à venir.
Neu! est un groupe fondamental et essentiel dans l’Histoire de la musique. Malgré qu'il soit
étrangement méconnu, sa descendance est immense..........et intemporelle. « Neu! 2 » est devenu une référence
expérimentale sonore absolue. Et depuis un certain jour de mars 2008 avec la tragique disparition de Klaus Dinger, il est devenus comme un testament musical légué à des
générations entières de musiciens explorateurs.
Parmi les sorties de ces derniers mois rayonne d’une
éblouissante obscurité un disque que l’on croirait avoir été enregistré au fin fond d’une (cold)cave humide et mal éclairée : « In Vogue Spirit ».
Wet Hair, c’est Shawn
Reed(chant, claviers) et Ryan Garbes (percussion, batterie) qui ont déjà à leur actif 2 LP et pléthore de K7, EP
ou Split album. Celui-ci marque une évolution plus « pop », moins expérimentale que par le passé.
Les morceaux d’ « In
Vogue Spirit » sont construits sur une ossature rythmique ultra efficace, une solide fondation pour des arrangements simples, sans tape à l’œil, et des mélodies
entêtantes. C’est une musique minimaliste, répétitive et envoûtante.
Ce qui frappe d’entré sur « In Vogue Spirit », c’est la rythmique. Hypnotique, répétitive et complètement addictive, elle est créée par une batterie martelant des beats rudimentaires,
métronomiques et froids (on pense à Suicide, Can mais surtout à « Neu!
2 ») et une basse aux sons lourds, traînants et aux riffs faussement simplistes (très Joy division). Une section rythmique où basse et
batterie sont en parfaite symbiose.
Malgré cette excellence du rythme, ce n’est pas la seule et
unique composante musicale intéressante de ce disque. Il y a aussi les sonorités et les mélodies issues de claviers analogiques, tellement « cheaps » et vintages qu’on croirait
qu’ils ont été dénichés dans des brocantes par ReedetGarbes. Ces « antiquités » produisent ainsi des
vagues soniques hypnotiques très 70’ style krautrock, des mélodies rudimentaires ainsi que des drones. Ces mélodies sont de véritables ritournelles entêtantes qui, isolées de
leur contexte, paraîtraient sûrement plus joviales.
Et il y a la voix…….Une voix grave, semblant surgir d’outre
tombe, convoquant dans ce rituel païen le fantôme de Ian Curtis ou Jason Pierce période Spacemen 3.
En bref, un disque où règne un parfait équilibre entre pop et expérimentation,
psychédélisme lancinant et rock sombre et hypnotique. Un disque qui risque fort de se retrouver dans les classements annuels de fin d’année. Et ce serait plus que
mérité !!!!
“Dagger Paths” EP – Forest SwordsNo Pain In Pop(2010)
note :* * * * * *
Bien que sortie en 2010, je découvre seulement cet album. Cet
artiste intègre le dub dans ses compositions expérimentales, s’en sert pour son côté hypnotique et enivrant. L’ivresse, c’est souvent d’elle qu’il s’agit au cours de chacun des 6 morceaux de cet
EP, une ivresse sonique.
Forest Swordsfait partie de cette scène drone/noise psychédélique et lo-fi des Pocahauted, Sun Araw,
Ducktails, etc. Des productions issues, pour la plupart, de l’excellent label californien Not Not Fun.
Un air de mysticisme souffle sur “Dagger Paths”. Chaque titre pourrait s’apparenter à une sorte d’incantation musicale, chamanisme 2.o des temps modernes. Les samples et les nappes sont
constitués de sons très « terrestres » : cristallins, aquatiques ou bouillonnements, éruptions, orages, etc., comme diverses variations des quatre éléments. Le jeu de guitare très
personnel, aux sonorités si particulières, renforcent l’aspect tellurique et mystique de cette musique.
Forest Swordss’aventure même vers une sorte de pop baroque et gothique, mais en mode
onirico- expérimental (« Hoylake Mist », sa guitare au son de clavecin et ces chœurs presque macabres, « Visits »).
“Dagger
Paths”, c’est comme une jam session imaginaire entre Bauhaus et Sun Araw jouant des titres de cold
wave en version dub et remixé par King Tuby et Brian Enoréunis !!!
La production justement, entre lo-fi, technique dub et
trouvailles sonores, est assurée par Matthew Barnes himself. Producteur donc, mais aussi auteur, compositeur et musicien, il possède toute
les casquettes et contrôle totalement ses créations.
Une œuvre d’art totale ???? En tout cas, une grande œuvre
totalement captivante…
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