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"Yellow House" de Grizzly Bear (2006) Warp
En ce début de deuxième millénaire, le folk, cette musique traditionnelle des américains blancs, donc héritée des pays européens, est revenue sur le devant de la scène médiatique. Le folk est donc devenue tendance, voir « hype ». On a assisté à la reconnaissance de plusieurs écoles différentes, mariant et intégrant des influences diverses et audacieuses. Des artistes, nés dans les années 90 pour certains, perpétuent l’héritage en l’abordant de manière plus classique tout en étant très réussie (Cat Power, PJ HARVEY, Ray Lamontagne, etc). Mais un folk plus expérimental a aussi vu le jour, dont Animal Collective serait un peu le chef de file. Et Grizzly Bear, quand à lui, le petit frère rêveur !
Cotonneux, nébuleux et planant. Ainsi pourrait se définir l’état dans lequel me met la musique renfermée dans « Yellow House », le second disque du quatuor new yorkais. Mais avant d’être un projet collectif, c’est d’abord celui de Edward Droste (guitare/songwriting). Il avait enregistré de façon autarcique, solitaire et à la maison « Horn of planty », disque intimiste et personnel. Mais cette fois, c’est accompagné de trois autres musiciens qu’il nous revient, pour proposer cet album beaucoup plus abouti, et collectif cette fois. Daniel Rossen (guitare/songwriting), Chris Taylor (basse/flûte/sax/synthé/électronique/voix) et Chris Bear (batterie/voix) forment ainsi (avec Ed Droste) Grizzly Bear nouvelle mouture. Les compositions jadis très lo-fi ont gagné en maturité, ont pris de l’ampleur, notamment grâce aux influences multiples et variées de chacun des membres. Ainsi, dans leur chaudron magique, les druides de Grizzly Bear mélangent à leur potion folk une pincée de pop, du rock psychédélique, de l’électronica bucolique que Board Of Canada ou Autechre n’auraient pas renié, des cordes et des cuivres. Et le tout rehaussé par les voix chamaniques d'Ed et de Chris qui, tel une chorale pop, psalmodient des harmonies célestes à la gloire de mondes imaginaires et merveilleux.
« Yellow House » a été enregistré loin de Brooklyn, à la campagne, dans le Maine, à l’intérieur d’une maison jaune appartenant à la mère de Ed. Cette opposition entre leur lieu de vie urbain (New York) et celui de la création et de l’enregistrement du disque, lui donne cette atmosphère particulière néohippie et onirique. Et il rappelle d’autres grands projets musicaux des années 70, comme le sublime « Harvest » de Neil Young.
La pochette et les photos du livret, visuellement superbes, finissent d’achever l’univers magique et rêveur créée par leur musique. D’ailleurs, cette pochette est un clin d’œil, conscient ou non, à un grand album de folk pop/acid folk psychédélique méconnu et un peu oublié : « From home to home » du groupe anglais Fairfield Parlour. La présence humaine sur la photo de celui-ci, mais absente de « Yellow House », évoque les fantômes présents tout au long des 10 titres de cette œuvre d’une beauté époustouflante.
Alors, amateur d’acid folk, écoutez vite les noces païennes de Brian Wilson, Syd Barret et Nick Drake !!!!
Fairfield Parlour "From home to home" 1969