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"Journal d'un album" de Dupuy & Berberian L'Association collection Ciboulette (1994)
Alors que notre duo français préféré a été président du jury d’Angoulême, coup de projecteur sur ce monument de la bande dessinée autobiographique qu’est « Le journal d’un album ».
L’histoire débute en août 1993 dans un taxi. Son chauffeur raconte au héros (qui n’est autre que P.Dupuy) des anecdotes sur son métier. Et ce qui se raconte, ce qui se dit prend vie sous nos yeux. Le ton est donné. Ainsi, rêve et réalité, onirisme et délire formel vont se mélanger, se télescoper en une mæstria inouï.
Créé en marge du troisième volets des aventures de Monsieur Jean « Les femmes et les enfants d’abord », cet album est un peu le « Huit et demi » (Fédérico Fellini) dessiné de Dupuy & Berberian. Dans un simple noir et blanc aux traits crayonnés, ils narrent leurs propres aventures, leurs doutes et questionnent l’acte créatif.
Album autobiographique ? Journal intime ? Essai dessiné sur la création ? Un peu de tout cela, et même plus. Car le duo se livre comme jamais, n’hésitant pas à coucher sur le papier leurs difficultés. Qu’elles soient créatives, amoureuses ou existentielles. Une partie de l’album se nomme « Les confessions d’un adolescent attardé ». Charles Berberian y raconte sa boulimie de disques et de bandes dessinées, son incapacité à s’en débarrasser (avec les problèmes de place que cela engendre, ainsi qu’avec sa femme). Il explique, de manière très émouvante, comment chaque exemplaire lui rappelle ainsi une partie de sa vie, comment à travers ces livres, il retrouve la maison et les endroits qui l’ont vu grandir. Et ainsi, il a du déculpabiliser pas mal de lecteurs, moi le premier !
Plus loin, c’est au tour de Philippe Dupuy de se confier, très sincèrement, dans l’émouvante partie titrée « L’année dernière ». Il raconte sa relation amoureuse tourmentée, ses doutes, sa dépression. Comme dans une sorte de thérapie par le dessin, il y apprivoise ses blessures, y apprend à connaître ses démons, pour mieux les affronter ensuite. Mais tout cela reste très pudique, jamais pathos ni larmoyant car ils ont su trouver la bonne distance. On ne se sent jamais voyeur, malgré toutes ces confidences intimes.
Par sa virtuosité thématique, psychologique et scénaristique mais aussi formelle, « Journal d’un album » est un véritable joyau visuel. En usant de la mise en abyme, de divers procédés scénaristiques, n’hésitant pas à mêler rêves, réalités et passages d’autres de leurs albums, Dupuy & Berberian signent là un chef d’œuvre, un album essentiel de la bande dessinée moderne ! On ne ressort pas indemne d’une telle lecture. Perso, ce livre m’a complètement fasciné jusqu’à devenir une de mes B.D préférées de mon panthéon personnel !!!!