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David Rousseau, un écrivain de polar à succès en panne d’inspiration (Jean-Paul Rouve), se retrouve à Mouthe au fin fond du Jura, pour une vague histoire de succession. Au même moment, une starlette et égérie locale Candice Lecoeur (la sensuelle Sophie Quinton) est retrouvée morte dans la neige de ce village, au cœur d’une zone de non droit, bizarrerie administrative qui empêche toute enquête. La police atteste donc la thèse du suicide. Affaire classée. Classée, pas vraiment pour tous : l’écrivain tout d’abord, qui croit tenir là son nouveau roman ainsi que l’adjoint du shérif local.
Des immenses paysages enneigés, des petits villages perdus au fin fond de la France. Son ennui inhérent, ses hivers rigoureux, l’électricité qui se coupe à cause de la neige, l’isolement des gens, la rudesse de la vie…Tel pourrait être la présentation anti-commerciale de cette région, sorte de non carte de visite touristique. Tel est le contexte de ce film, le décor pour ce faux polar ou plutôt ce polar atmosphérique où l’environnement, l’évolution des personnages priment sur le résultat de l’enquête. Nous naviguons ainsi en pleine chronique sociale et étude socio-psychologique.
Quand l’histoire débute, l’héroïne est déjà morte, les jeux sont faits pour elle. Mais son personnage est pourtant présent tout le long du film, sorte de présence fantôme. Une présence onirique, par sa pensée en voix of ou physique, lors des flashbacks savamment mis en scène. Avec la lecture de ses carnets intimes, on remonte le fil de sa vie et on arrive petit à petit à comprendre ce qui l’a amené à sa perte. Ainsi le film glisse dans le surnaturel, le mystique mais sans jamais l’admettre réellement. Et cela prend un tour encore plus important quand David Rousseau est persuadé du parallèle entre la vie de Candice Lecoeur et celle de……Marilyn Monroe (d’où le titre) ! Il va même jusqu’à croire que ce pourrait être la réincarnation de Marilyn, mais en version Jurassienne, et mettre en évidence tous les éléments semblables entre elle et la vrai Marilyn Monroe (chaque personnage de cette histoire correspondrait à une personne ayant réellement existé dans l’entourage de Marilyn). Folie ou réalité ??? L’intelligence du réalisateur Gérald Hustache-Mathieu est de laisser libre choix au spectateur de croire ce qu’il veut, laissant planer le doute. Le réalisateur va même plus loin dans le bizarre car l’écrivain/héros se sent en connexion avec la disparue et même imagine que si il l’avait rencontré avant, rien ne se serait peut être passé ! Comme une sorte de relation amicale ou amoureuse qui aurait du avoir lieu mais que le destin en a décidé autrement. Une non-histoire d’amour en quelque sorte.
C’est ainsi qu’on en vient, par certaines scènes, aux références avec d’autres cinéastes (que j’admire beaucoup). La découverte de la tête de l’héroïne dans la neige, le climat de bizarrerie ambiant peut rappeler David Lynch et son « Twin Peaks ». Cette enquête dans ces paysages enneigés peut aussi faire penser à « Fargo » des Coen. L’écrivain en panne d’inspiration partant dans des délires quasi mystiques renvoie à « Barton Fink » des Coen toujours ou à « Shinning » de Stanley Kubrick. Ces non-dits, cette non-histoire d’amour comme chez Wong Kar Wai. Mais à aucun moment ces références viennent écraser le film. Ce sont juste des clins d’œil d’un cinéaste amoureux du cinéma.
Vous l’aurez compris, « Poupoupidou » s’amuse à brouiller les pistes et mélanger les genres. Polar, chronique sociale, film atmosphérique et existentiel, réflexion sur la création et ses doutes inhérents, sur la célébrité, la réincarnation, le hasard, etc…Autant de thématiques abordées mais sans qu’aucune soient prioritaires ou qu’elles prennent le pas sur l’histoire.
Le film est magnifié par l’impeccable B.O très atmosphérique signé Stéphane Lopez. Outre ses compositions, il a intégré de magnifiques autres morceaux dont 5 signés du groupe français d’électro trip-pop Ava (belle découverte perso), Spoon, Xénia et sa reprise très inspirée de « I put a spell on you » (1 de mes morceaux fétiches), « California Dreaming » de toute beauté par José Feliciano. Même Sophie Quinton pousse superbement la chansonnette sur « Rewind ». Une B.O à l’image de son film, mélancolique, indé et élégiaque !!!
« Poupoupidou » est le genre de film que j’aime beaucoup : Au début, j’y suis allé sans rien attendre d’extraordinaire. Et sans m’en apercevoir, je me suis retrouvé absorbé par l’histoire pour après me rendre compte de l’expérience que je venais de vivre, de la porté métaphysique et de la réflexion abordée par cette petite œuvre.
Petite, pas par son ampleur et sa qualité mais par son budget et sa médiatisation, ou plutôt sa faible médiatisation. C’est typiquement le type de film dont j’aurais put facilement passer à côté.
Alors, ne faite pas ce que j’ai faillis faire, c’est à dire louper ce film. Un seul conseil : courrez voir « Poupoupidou » ! Vous ne le regrettez pas !!!!!
« Poupoupidou » de Gérald Hustache-Mathieu (2011) * * * * * * *